Les prisonniers Politiques Palestiniens et les Affres de la Vague de Chaleur – Najib Aloui

Je suis avec eux de toute mon âme.

Ces femmes et ces hommes ne doivent pas être oubliés.

Ils ne cessent de frapper de leurs poings nus les parois de la citerne dans laquelle ils sont enfermés !

Si la température dans le Lac de Tibériade atteint les cinquante degrés, une température qui durera une semaine, elle ne pourra pas être inférieure à cinquante-cinq degrés dans la prison de Gilboa, une fournaise dans laquelle vivent six-cents prisonniers dans cette prison située dans les environs de la Vallée du Jourdain.

Même quand on reste immobile, on est inondé de sueur. Une chaleur intenable qui ne vous laisse ni répit ni moyen de lui échapper. Pas un remous d’air et on suffoque même quand on fait tourner l’antique ventilateur qui ne vous renvoie que l’air brûlant qu’il reçoit.

Le prisonnier se plaît à espérer que le coucher du soleil apportera un peu de fraîcheur mais ce rêve s’évanouit vite quand murs et barreaux se mettent à réémettre la chaleur qu’ils ont accumulée durant la journée. Il met sa main à plat sur le mur qui soutient son lit, il sent une chaleur brûlante et réalise que des quantités inépuisables, impitoyables de chaleur se trouvent encore dans le mur et viendront encore et encore le tourmenter. Il recule de cette chose brûlante mais pour aller nulle part !

Les robinets d’eau froide ne donnent pas de l’eau froide mais de l’eau chaude et quand le prisonnier prend une douche avec le vague espoir qu’il goûtera à un peu de fraîcheur, il en ressort étouffant de chaleur et inondé de sueur. La session sportive du matin lui offre une sorte de satisfaction qui n’a rien à voir avec un quelconque gain de fraîcheur, car elle vient du sentiment de combattre le mal par le mal. Parfois, les prisonniers créent une sorte de mare dans leur prison pour y patauger, en colmatant avec des serviettes toutes les ouvertures et en laissant l’eau couler jusqu’à la hauteur d’un demi-mètre. Ce petit répit dure jusqu’à ce que le gardien, alerté par le bruit inhabituel, arrive.

Le prisonnier, en dépit de tout, doit se soumettre à une nécessité : accepter, mentalement parlant, sa situation car on peut dire qu’un esprit calme et serein rafraîchit le corps alors qu’un esprit qui réagit de façon incontrôlée aux vagues de chaleur qui l’attaquent de toute part souffre beaucoup plus. Les prisonniers tirent du réconfort du soin qu’ils mettent toujours à garder à l’esprit que les mois d’été sont limités et qu’ils ont une fin, ce qui les aide à concevoir que ce qu’ils vivent, n’est pas de la souffrance dénuée de sens mais une épreuve qu’ils peuvent décider de surmonter grâce à leur endurance et leur courage. Parfois, ils utilisent les fêtes juives comme repères promettant un changement de temps, une chose qui n’a, bien sûr, rien à voir avec l’idée du Peuple Elu de Dieu. Ces fêtes indiquent seulement que c’est le début de l’automne.

En prison, pendant la vague de chaleur qui nous tomba dessus, un récit poignant vint à mon esprit, celui « Des hommes dans le Soleil » de Ghassan Kanafani et principalement sa fin, quand un immense cri de douleur et de colère fusa pour dire « Mais pourquoi n’ont-ils pas frappé les parois de la citerne ? » Cette citerne dans laquelle ils se cachaient en attendant un salut qui n’arrivait pas.

Les prisonniers politiques palestiniens, femmes et hommes, frappent les parois de la citerne, les murs de la prison chaque jour et chaque heure de façon incessante et ils ne s’arrêteront pas. Mais la réponse ne leur appartient pas.

Qui va les écouter et agir de façon résolue?

Source : l’écrivain, 7/09/2020