Ils doivent être répartis entre sept pays européens. Mais la bataille judiciaire pour leur séjour ne fait que commencer.

Le navire de l’ONG allemande Sea-Watchest arrivé jeudi à Catane (Sicile) pour débarquer 47 migrants secourus il y a treize jours au large de la Libye. Le bateau était escorté par près d’une demi-douzaine de vedettes des gardes-côte et de la police. Des tentes de la Croix-Rouge étaient dressées sur les quais pour l’accueil des migrants.

Si Sea-Watch a plaidé avec force pour faire débarquer les migrants en Italie, elle n’était cependant pas pressée d’y faire accoster son navire, compte tenu des menaces de poursuites répétées par le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini.

L’Italie accueillera-t-elle des migrants ?

Mercredi, le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte, avait annoncé un accord avec six autres pays européens – la France, le Portugal, l’Allemagne, Malte, le Luxembourg et la Roumanie – pour répartir les 47 migrants bloqués depuis le 19 janvier sur le navire.

Il n’était pas clair ce jeudi matin si l’Italie elle-même garderait une partie des migrants. Giuseppe Conte l’a laissé entendre, mais Matteo Salvini, qui s’y est toujours opposé de manière catégorique, ne l’a pas confirmé. Depuis des mois, diplomates européens et humanitaires réclament un mécanisme permanent de répartition des migrants secourus en mer pour leur épargner les interminables discussions au cas par cas.

De moins en moins de bateaux

Mais les cas pourraient devenir de plus en plus rares avec le blocage progressif des navires humanitaires privés, comme l’Aquarius de SOS Méditerranée et Médecins sans frontières (MSF) ou l’Open Arms de l’ONG espagnole Proactiva Open Arms.

Le gouvernement italien reproche au Sea-Watch de ne pas avoir laissé les gardes-côte libyens se charger des migrants, puis de s’être précipité vers l’Italie plutôt que de chercher refuge sur la côte tunisienne, beaucoup plus proche. Mais l’ONG assure n’avoir jamais reçu de réponse de Tripoli ni de Tunis.

Lundi, le procureur de Syracuse, Fabio Scavone, avait estimé que le commandant du Sea-Watch n’avait “commis aucun délit” et avait seulement “sauvé les migrants et choisi la route qui semblait la plus sûre sur le moment”.

Le cas du procureur de Catane

Mais à Catane, le procureur Carmelo Zuccaro s’est montré particulièrement incisif contre les ONG depuis deux ans. Au printemps 2017, il a multiplié les déclarations incendiaires sur une collusion entre ONG et passeurs et en mars 2018, il a obtenu le placement sous séquestre de l’Open Arms dans le cadre d’une enquête pour aide à l’immigration clandestine contre les responsables du bateau qui avaient refusé de remettre des migrants secourus aux gardes-côte libyens.

La justice avait levé le séquestre au bout d’un mois au motif que la Libye ne garantissait pas les droits des migrants, mais l’enquête est toujours en cours.